Abdellah Chankou
28.2.2020 22:00

Sebta et Melilia est dans le désarroi total. Il a suffi que les autorités marocaines ferment les postes frontières avec les deux enclaves marocaines pour que leurs économies respectives subissent une crise aiguë, sans précédent. Au point   que les dirigeants de Sebta et Melilia en ont appelé dans une lettre le président du conseil espagnol à une intervention «forte » au pour trouver   une solution à la « crise économique et sociale majeure» que traverse les deux présides marocains. De là à voir dans la décision unilatérale du Maroc une riposte politique indirecte au maintien de l’occupation de Sebta et Melilia, vestiges d’un période coloniale anachronique, il n’y a qu’un pas que certains esprits qui voient des complots partout ont vite franchi. Les médias espagnols semblent avoir bien capté le message de Rabat et compris le caractère légitime de la démarche, consistant à mettre fin à un phénomène qui impacte négativement l’économie marocaine en détruisant des emplois et le tissu productif local. Ce phénomène plus ou moins légal, qui a pris des proportions considérables au fil du laxisme des autorités marocaines qui l’ont longtemps toléré pour des considérations économiques et sociales, la contrebande avec les deux présides faisant vivre de nombreuses familles marocaines défavorisées du Nord du pays et même d’autres villes comme Casablanca. Aujourd’hui, les temps ont changé et Rabat a décidé de lutter contre la contrebande qui se traduit par des destructions d’emplois et une concurrence déloyale au tissu productif national. Sans oublier le sentiment d’humiliation que provoquaient régulièrement ces images des femmes-mulet d’un certain âge traversant la frontière l’échine courbée sous le poids des marchandises.  Certaines d’entre elles ont trouvé la mort au cours de ces dernières années suite à des bousculades meurtrières.  Cet aspect humain et son lot de drames et d’humiliations ont dû certainement peser lourd dans la décision du Maroc de fermer le canal Tarajal II emprunté par plusieurs centaines de porteuses et porteurs pour accéder à Sebta.   


Pourquoi pas même une cogestion politique de Sebta et Melilia ?  Cela fera en tout cas un contentieux lourd de moins dans les relations entre deux grands pays voisins, qui possèdent un système politique et des formes du relief identiques et qui ont tous les atouts (histoire commune, connaissance mutuelle) pour pousser plus loin leur coopération économique.



Certes,  l’arrêt du robinet du jour au lendemain de la contrebande sur le terreau duquel ces deux villes ont bâti leur subsistance, voire leur existence, n’est pas un motif de réjouissance pour ses bénéficiaires des deux côtés, surtout espagnol.      

Or, cette nouvelle donne, qui a provoqué une certaine tension entre les autorités des deux présides et leurs consœurs marocaines,  souligne la fragilité des économies frontalières basées principalement sur la contrebande. Très peu diversifiées, celles de Sebta et Melilia ont naturellement accusé le coup avec une baisse drastique du chiffre d’affaire des commerçants de gros et autres petits commerces qui vivent grâce aux flux quotidiens des visiteurs marocains. Sans une intervention de Madrid pour trouver une solution à ce problème, le risque est grand de voir les deux villes, qui ont perdu beaucoup de leur frénésie des achats habituelle,  se vider de leurs populations espagnole et marocaine.Pour ne pas en arriver là, la solution idoine serait peut-être d’œuvrer ensemble pour réinventer cette économie frontalière en adoptant un partenariat gagnant-gagnant, organisé et transparent, fondée sur la mise en place de plateformes commerciales ou des zones franches cogérées par les autorités marocaines et espagnoles.  Les délocalisations étant dans l’air du temps, pourquoi pas des usines espagnoles délocalisées à Tanger ou Tétouan ? Pourquoi pas même une cogestion politique de Sebta et Melilia ? Cela fera en tout cas un contentieux lourd de moins dans les relations entre deux grands pays voisins, qui possèdent le même système politique et un relief identique, et qui ont tous les atouts (histoire commune, connaissance mutuelle) pour pousser plus loin leur coopération économique. Cette communauté de destin n’en serait que renforcée pour deux nations dont les aspects de convergence sont plus importants que les points de conflit hérités d’une époque qui doit pour leurs intérêts mieux compris être définitivement révolue.

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