« Le statu quo est toujours en vigueur après 5 ou 6 siècles », a déclaré récemment le Premier ministre Saadeddine Al Othmani. C’était lors d’un entretien accordé à la télévision égyptienne El Sharq Tv, dans la foulée de la reconnaissance des États-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Et d’ajouter que « le temps viendra pour l’affaire de Sebta et Melilia, des territoires marocains comme le Sahara ». Autrement dit, rien ne sert de brusquer les choses ; il faut laisser le temps au temps et attendre que le fruit soit mûr pour qu’il tombe et le cueillir. Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement espagnol convoque en urgence l'ambassadrice du Maroc à Madrid, Karima Benyaich, pour lui demander des « éclaircissements » sur les propos du chef du gouvernement marocain.  

La reconnaissance par Donald Trump de la souveraineté du Royaume sur ses territoires du sud a naturellement braqué les projecteurs sur le destin de ces deux présides marocains toujours occupés par l’Espagne dans un anachronisme qui, il est vrai, n’a plus lieu d’être. « Le temps est venu pour le Maroc de faire revenir les deux villes dans le giron national », pensent bien des Marocains.

Pourquoi ne pas transformer le conflit sur Sebta et Melilia en symbole fort d’un renouveau des rapports bilatéraux et en facteur d’un resserrement des liens autour d’une vision d’avenir décomplexée ?

Le dossier de Sebta et Melilia, qui relève d’un contentieux territorial différent en tous points de celui du Sahara fabriqué par l’Algérie pour les raisons que l’on sait, fait partie des vestiges d’un passé colonial révolu. Le 27 janvier 1975, soit neuf mois avant l’organisation de la Verte, le Maroc adressait un mémorandum au comité spécial de décolonisation de l’ONU pour réclamer le retrait de l’Espagne de ces deux enclaves, des Îles Chafarines et du Rocher de Badis. Mais depuis, Rabat n’a jamais vraiment insisté et bataillé pour rétrocéder ses territoires que les Nations unies n’ont pas en outre considérés comme des zones occupées qu’il faut décoloniser. La décision espagnole, adoptée en 1995, de soumettre Sebta et Melilia à un régime autonome sous souveraineté espagnole a compromis un peu plus les chances du Maroc de récupérer ces deux enclaves dont Rabat  n’a au fond  utilisé l’argument de la revendication que pour faire pression sur l’Espagne au sujet du dossier de son Sahara.

Soumises à une très forte pression migratoire, Sebta et Melilia ont perdu de leur attractivité depuis que les autorités marocaines ont donné en 2019 un tour de vis supplémentaire à la lutte contre la contrebande en provenance essentiellement de Sebta.

Liés par l’histoire et la géographie ainsi que par une communauté de destin,  les deux pays voisins sont condamnés à s’entendre et à aller plus loin dans le renforcement de leurs intérêts  mutuels.  Pourquoi ne pas transformer à cet égard le conflit sur Sebta et Melilia en symbole fort d’un renouveau des rapports bilatéraux et en facteur d’un resserrement des liens autour d’une vision d’avenir décomplexée ? La cogestion des deux présides, qui ne peut être que le fruit d’une volonté politique commune audacieuse d’en finir avec la méfiance héritée des méandres du passé, pourrait être une piste intelligente à explorer pour jeter les jalons d’une relation solide et rénovée.

L’objectif étant de permettre aux deux pays voisins et amis de dépasser, une fois pour toutes, leurs différends historiques et territoriaux qui viennent régulièrement assombrir leur horizon pour se concentrer sur l’essentiel. Et l’essentiel c’est de se réinventer, loin des stéréotypes et les clichés habituels, dans le partenariat et la confiance pour relever ensemble les défis du développement. Au bénéfice des deux peuples qui ont appris à se connaître et s’apprécier.

Les responsables marocains et espagnols sont convaincus que ce qui rapproche les deux royaumes est beaucoup plus important que ce qui les divise. Mais reste à traduire cette conviction partagée en actes forts qui épouseraient les contours d’une alliance stratégique qui va au-delà de la coopération classique sur les dossiers de lutte contre l’émigration clandestine, le terrorisme ou le trafic de drogue. La crise sanitaire, qui a déstabilisé les hommes et ravagé les économies tout en redessinant la géopolitique mondiale, fait entrevoir, pour le Maroc et l’Espagne, un voisinage plus fécond qu’il ne l’a été jusqu’ici. A condition que les dirigeants des deux pays cessent de regarder dans le rétroviseur du passé.

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