L’une des grandes leçons à tirer de la crise sanitaire est en relation avec l’école. Fermeture des établissements scolaires oblige, celle-ci a basculé soudainement aux quatre coins du monde dans l’enseignement à distance. La suspension des cours présentiels  a obligé les parents, partagés entre le télétravail et l’implication dans l’apprentissage de leurs enfants, à s’adapter à cette nouvelle réalité pénible. Au Maroc, ce virage brutal aura été particulièrement instructif à plus d’un titre notamment pour ceux dont la progéniture est scolarisée dans le secteur privé. Beaucoup de papas et mamans sont tombés des nues en découvrant le niveau des enseignants qu’ils croyaient jusque-là meilleur avant que le live scolaire ne les persuade du contraire. Cette découverte choquante, qu’ils n’auraient jamais pu faire en temps normal leur a ouvert les yeux tout en leur donnant le sentiment d’avoir été abusés, surtout qu’ils paient bonbon la scolarité de leur progéniture. Tromperie sur la marchandise ? In fine, les corps enseignants du privé comme du public, à quelques rares exceptions près, grosse modo se valent tous. Savez-vous pourquoi ? Parce que les propriétaires des établissements privés marocains fonctionnent dans leur majorité avec les enseignants  du ministère de l’Éducation nationale. C’est dans ce vivier, faute d’avoir accepté de former leurs propres ressources humaines comme l’avait exigé l’ex-ministre de tutelle Mohamed Louafa, qu’ils ont pris l’habitude de piocher. La belle affaire.

Or, nombreuses sont les familles qui ont privilégié le système privé parce qu’ils le considèrent plus performant que l’école publique.  Mais sur la base de quels critères objectifs et crédibles ? Justement, il n’y en a pas. Du coup, les clients  de ce business se fient à la réputation de telle ou telle école pour, bâtie généralement à grand renfort de réclame ou de bouche à oreille,  pour faire leur choix. Prospérant sur le terreau du discrédit qui frappe à tort et à travers  une école publique taxée de tous les maux, les enseignes du secteur payant en ont profité pour survendre leur produit en pratiquant des tarifs exorbitants que rien ne justifie a priori. C’est ainsi que la scolarisation est devenue au fil du temps le premier poste de dépenses des ménages dont elle bouffe 30% du budget et le secteur éducatif payant un grand filon entretenu par une réputation de qualité pédagogique non réelle,  juste supposée. Est-ce normal ?

L’en-saignement est encore plus fort dans certaines missions étrangères comme la française dont les tarifs pratiqués, qui augmentent en plus chaque année, dépassent l’entendement. Alimentée par les parents eux-mêmes qui croient  que l’avenir de leurs enfants passe par les bancs du privé, cette  folie des prix a été également encouragée par le silence du ministère de tutelle qui a laissé faire… Ce dernier aurait dû au moins intervenir par la mise en place d’une espèce de barème de tarifs des écoles en fonction de l’efficience pédagogique de  leurs programmes  qui déterminerait ainsi  le niveau des frais de scolarité de chaque enseigne. Or, un ministère, qui a lui-même du mal à soigner son système éducatif moribond, est-il fondé à noter qui que ce soit ?

Mais il faut bien que cela arrive, les écoles privées devant être évaluées par une instance indépendante pour savoir lesquelles méritent réellement le sacrifice financier des parents… En attendant, l’enseignement payant fait figure de plus en plus d’un business juteux dont le confinement général a montré une face peu flatteuse lorsque ses promoteurs ont exigé des parents de payer les frais de scolarité plein pot sans aucun égard pour la fragilité situation financière de nombreuses familles tout en s’empressant d’inscrire leur personnel auprès de la CNSS pour qu’il bénéficie de l’indemnité forfaitaire mensuelle de 2.000 DH Covid-19 !

Livrés à eux-mêmes, dépourvus de recours, les parents ont le sentiment d’avoir été piégés par une corporation qui les tond sans vergogne alors qu’il ne vaut peut-être pas plus que l’enseignement public gratuit qui s’emploie résolument sous la houlette du ministre actuel à tourner la page des dérives héritées du passé…

La fin du calvaire des parents qu’il faut extraire de ce système mercantile passe assurément par la mise en place d’un enseignement nouvelle génération, réinventé et performant, Dans ce sens, un partenariat public-privé, à visage humain, offre une piste intéressante à explorer. Il faut oser l’avenir !

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