C’est dos au mur, le couteau sous la gorge en quelque sorte, que le gouvernement El Othmani, bousculé par la Covid-19 et ses effets économiques dévastateurs, a imposé dans le projet de loi de Finances rectificative une augmentation  de 30 % des droits de douane. La belle parade ! Une flopée de produits  finis issus de divers secteurs (agro-alimentaire,  textile et habillement, matériel industriel, matériaux et bien d’autres denrées comme le tabac, papier et carton, meubles et les pièces de rechange pour voitures …) ont vu ainsi leur prix  grimper dans le commerce. Autrement dit, c’est le consommateur final qui va trinquer. Comme toujours.  

Deux objectifs sont proclamés : « renforcer la protection de la production nationale » et alléger « la pression exercée sur les réserves nationales de change ». C’est plutôt le deuxième point qui serait principalement à l’origine de cette mesure protectionniste qui ne dit pas son nom. Il s’agit de ménager dans l’urgence les réserves en devises qui se sont considérablement  amenuisées depuis mars dernier en raison de la pandémie,  sous l’effet de la panne des secteurs exportateurs, l’arrêt des flux touristiques et la contraction des transferts des MRE. Autant dire que la plupart des clignotants de l’économie nationale sont au rouge et donc une valorisation des droits de douane à l’importation dans ce contexte extrêmement difficile pour irriguer un peu des caisses publiques exsangues est la bienvenue.

Quant à la « protection de la production nationale »,  le risque est grand que cette belle profession de foi ne se transforme comme d’habitude en protection des industriels locaux fâchés depuis longtemps  avec la qualité et la performance, très peu enclins à investir dans la formation, la recherche et l’innovation. Acheter et consommer marocain oui. Mais à condition que le rapport qualité-prix y soit. Ce qui est loin d’être acquis avec  le « Made in Morocco » qui en plus d’être embryonnaire, limité et très peu compétitif, n’est pas adossé à des marques fortes.

Figurez-vous que le Maroc s’est accommodé d’importer jusqu’aux manches à balai, les tables d’écolier, les  peignes à coiffer et d’autres babioles. Sans que la fierté nationale n’en soit heurtée… Acheter à l’étranger des articles pareils et bien d’autres, susceptibles d’être produits localement sans que cela nécessite une technologie sophistiquée, aurait dû être interdit depuis longtemps pour privilégier le « Made in Morocco » dans le cadre d’une politique volontariste et  ambitieuse pilotée par un État-stratège. Ce qui aurait permis au pays de s’industrialiser sur des bases solides en faisant appel à son génie local, créer des richesses, générer de l’emploi, exporter en Afrique. Et last but not least réduire son déficit commercial abyssal qui ne cesse de se creuser au fil des ans sous les coups de boutoir d’une cinquantaine d’accords de libre-échange  qui ne profitent guère au pays faute justement d’offre exportable digne de ce nom.

Figurez-vous que le Maroc s’est accommodé d’importer jusqu’aux manches à balai, les tables d’écolier, les peignes à coiffer et d’autres babioles ! Sans que la fierté nationale n’en soit heurtée…

Il ne suffit pas d’actionner la mécanique de la hausse des droits de douane et défendre dans des discours pompeux la promotion du « produire local » qui reste évidemment à définir et à inventer (normes de qualité, bon rapport qualité-prix) pour que le Maroc, qui a pris beaucoup de retard dans ce domaine, devienne une nation industrielle. Cela ne se décrète pas, cela se construit. Surtout dans un pays qui a pris l’habitude, par paresse intellectuelle et quête du prêt-à-consommer des autres,  d’importer tout et n’importe quoi par containers entiers venus principalement de Chine. A telle enseigne qu’il est devenu plus rentable d’être agent importateur qu’industriel. Et vogue la galère !

Mais qui va créer des emplois au profit de quelque 200.000 jeunes diplômés qui arrivent chaque année sur le marché du travail ? Renault, Airbus, Peugeot et compagnie, pardi ! Les officiels  sont  convaincus que les vrais gisements d’emplois  se trouvent moins dans l’acte d’investir des opérateurs économiques locaux qui ne trouvent pas grâce à leurs yeux  que dans le programme des « métiers mondiaux du Maroc » rebaptisé pompeusement « Plan d’accélération industrielle» par Moulay Hafid Elalamy. Or, si ces multinationales ont accepté de délocaliser une partie de leur production à Tanger et ailleurs, avec le concours indirect des cabinets internationaux comme Mckensie qui leur ont balisé le chemin via des études financées de surcroît par l’argent public, ce n’est pas pour les beaux yeux des Marocains mais parce qu’ils ont été attirés par les multiples avantages exorbitants offerts par les pouvoirs publics de la terre hôte (exonérations fiscales, investissements hors site) qui en échange ne récoltent à l’arrivée que quelques créations postes d’emplois !

Les vrais bénéficiaires des secteurs délocalisés (automobile, aéronautique et centres d’appel) sont les multinationales concernées qui profitent en plus d’un système socialement moins disant fondé sur des salaires très bas et une législation du travail  trop conciliante. Les responsables marocains, relayés par une certaine presse acquise,  n’arrêtent pas de s’extasier sur ce qu’ils pensent être une grande aubaine économique pour le pays. Sauf que Renault, Airbus  et Bombardier (avant que le Canadien ne fausse compagnie au royaume) ne concourent nullement, de par leur caractère volatile, à construire la souveraineté industrielle nationale. Or, glorifier sans cesse l’investisseur étranger plutôt que le porteur du projet local sert à masquer les insuffisances chroniques et les turpitudes du tissu productif national. Or, tous les pays qui se sont industrialisés en trouvant la voie du progrès comme le Corée du Sud, l’Inde, l’Allemagne et même la Chine, se sont appuyés essentiellement sur le capital national. Un dicton bien de chez nous ne dit-il pas « celui qui porte les  habits des autres est nu ? » Si la Covid-19 devrait pousser les décideurs à changer de lunettes en réhabilitant l’investisseur du cru, le Maroc aura fait un grand pas en avant…

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