Abdellah Chankou
28.12.2023 1:58

Paralysie de l’enseignement public pour cause de grève  longue durée du corps enseignant, érosion continue du pouvoir d’achat  de la population du fait de la vie chère, économie nationale sous pression qui ne crée pas assez de postes d’emplois,   stress hydrique alarmant qui va en s’aggravant… Le Maroc finit cette année 2023 sur un malaise social profond sans précédent et entre dans la nouvelle dans un contexte de faible visibilité politique. Ces contraintes, où l'imprévoyance des responsables a une part non négligeable, empêchent le pays d’engranger dans  la sérénité  les dividendes des hautes orientations royales susceptibles d’immuniser la  cohésion sociale par un certain nombre d'acquis non négligeables, notamment la généralisation de la protection sociale et l’aide directe ciblée en faveur des couches démunies. Ce retour de manivelle dans un contexte social tendu  tranche avec les efforts remarquables de l’État dans nombre de secteurs et le regain d’attractivité du royaume à l’international aussi bien dans le domaine des investissements qu’en termes de soft power… Certains observateurs se demandent si le pays n’est pas en train de payer la facture de l’art de pétrifier les problèmes où excelle les décideurs politiques au lieu de les attaquer de front pour les résoudre. Or, c’est connu, il ne suffit pas de mettre la poussière sous le tapis pour la faire disparaître. En politique, l’illusionnisme n’existe pas. La crise  finit souvent par rattraper les gouvernants en  revenant  en boomerang avec en plus son pesant de complexité en raison du temps perdu pour la résorber.
C’est le cas du dossier de l’école publique par exemple.  Le débrayage du corps enseignant depuis le 4 octobre 2023  est certainement la résultante de plusieurs décennies de  graves dysfonctionnements  éducatifs que les responsables du secteur  n’ont pas pris à bras-le-corps  nonobstant les alertes à répétition, des institutions nationales et internationales. Ne  datant pas d’aujourd’hui, la bombe à retardement qui a explosé à la face du pays , le gouvernement Akhannouch n’a fait que la dégoupiller  avec  son statut unifié mal conçu des fonctionnaires de l’Éducation nationale. Politiquement, la révolte des enseignants est une sonnette d’alarme   qui signifie qu’il faut une remise à plat complète du système et qu’on ne peut plus continuer sur les stratégies de replâtrage habituelles   en cherchant à faire du neuf avec du vieux. Autrement dit, l’école marocaine, perclus de maux, est arrivée à bout de souffle. Il faut la réinventer d’urgence pour offrir un meilleur avenir éducatif aux générations futures. L’apparition du phénomène des coordinations , qui a accompagné cette grève malheureuse,  comme nouvelle forme de l’action revendicative au détriment des centrales syndicales traditionnelles frappées de  discrédit, est tout aussi lourde de sens politique. Il  sonne le tocsin sur  le début de la fin d’un corps intermédiaire  essentiel en démocratie compte tenu  de son rôle de médiateur avec le pouvoir politique. Autant de signaux que les gouvernants doivent décrypter et agir en conséquence.

Certains observateurs se demandent si le pays n’est pas en train de payer la facture de l’art de pétrifier les problèmes où excelle les décideurs politiques au lieu de les attaquer de front pour les résoudre. Or, c’est connu, il ne suffit pas de mettre la poussière sous le tapis pour la faire disparaître.

Objectif : réhabiliter l’action syndicale afin de couper l’herbe sous de nouveaux relais de substitution  manipulés en sous-main  pour des objectifs de déstabilisation politique. Gare à la multiplication des foyers de contestation sociale surtout que la détérioration inquiétante  du pouvoir d’achat du grand nombre offre un  puissant ferment de la colère sociale. Il ne faut pas compter sur la somme 500 DH par mois, largement engloutie par la cherté excessive des produits essentiels du quotidien, consentie aux démunis  au titre du soutien social,, pour redonner du pouvoir d’achat aux classes défavorisées.
Devant tant de perspectives peu réjouissantes , une inquiétude sourde commence à s’installer dans les esprits,  alimentée par un sentiment que le gouvernement est dépassé par les événements et qu’il est à la peine devant les difficultés  qu’il est censé résoudre  dans l’assurance et  la fermeté. Avec la vision politique nécessaire à toute équipe aux commandes. Au lieu de cela, nous avons par exemple un ministre comme celui de l'Équipement et de l’eau, Nizar Baraka qui  se contente de dresser le constat de la gravité de la situation hydrique nationale en menaçant les Marocains des coupures drastiques d’eau courante là où il était attendu sur des solutions efficaces  de rationalisation des usages et de réduction du gaspillage.
Sur le volet agricole de  ce dossier de haute importance , c’est  la capacité  des couches défavorisées à s’assurer le minimum vital qui est en jeu avec l’envolée spectaculaire des prix  des  légumes , des viandes rouges et blanches. Alors que les contraintes climatiques actuelles exigent objectivement de changer de modèle agricole, le Maroc continue paradoxalement  à maintenir une agriculture des années d’abondance pluviométrique. Or, il est urgent de réinventer également ce secteur stratégique, à la lumière de la rareté  des précipitations en commençant  par arrêter l’export de l’eau dont le pays manque cruellement   sous forme de millions de tonnes de tomates et d’avocats tout en soutenant une paysannerie tournée vers l’accessibilité à des coûts abordables des denrées   agricoles de large consommation. La sécurité alimentaire et la paix sociale sont à ce prix.
Mais force est de constater  qu’aucun début de la moindre réflexion ni inflexion n’a été constaté dans la gouvernance agricole nationale. Devant tant de surconsommation et de  gaspillage à grande échelle  des ressources hydriques, tout se passe finalement comme si le Royaume ne souffrait pas de stress hydrique et que tout allait bien dans le meilleur des mondes.

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