Les plates-formes !   Ce vocable était jadis exclusif au secteur industriel ou pétrolier. On parlait de plate-forme offshore ou automobile. Aujourd’hui, il désigne le commerce en ligne et les adeptes de ce business florissant qui a changé la vie de bien des gens aux quatre coins du monde. Dans le domaine commercial où il a opéré une percée spectaculaire, le digital est en train de bousculer la distribution traditionnelle en lui prenant des parts de marché substantielles. Plus besoin de se déplacer avec tout ce que cela suppose comme tracas (embouteillage, stationnement…) et perdre du temps pour faire ses emplettes … Désormais, grâce aux ressources illimitées d’internet, le client commande en quelques clics tout ce dont il a besoin sur des plates-formes dédiées, y compris les produits de consommation courante, qu’il se fait livrer à domicile. Le Maroc n’échappe pas au phénomène qui commence à gagner du terrain. Les enseignes de grande distribution comme Marjane et Carrefour, qui ont compris que la nouvelle tendance est de moins en moins à leur avantage, se sont empressées d’adapter leur offre en se dotant d’applications de commande en ligne et en signant des contrats de partenariat avec les nouveaux opérateurs. Ces derniers s’appuient sur une armée de jeunes livreurs qui sillonnent à moto les artères des grandes villes du pays pour livrer tout ce qui est livrable : en plus du néfast-food et autres denrées alimentaires, les bouquets de fleurs et autres petites babioles.

Une autre forme d’exploitation de la main-d'œuvre, pire que celle du travail dans l’économie traditionnelle, s’est déjà installée dans le paysage. Elle risque de devenir la norme si les pouvoirs publics ne réagissent pas pour protéger les travailleurs notamment via une régulation des plates-formes numériques de travail.

Ces nouveaux forçats du transport à deux roues sont considérés comme des travailleurs indépendants qui doivent dépenser de l’argent avant d’en gagner : l’achat d’une moto, d’un box de livraison et d’un casque. Pas besoin de formation spécifique, il faut juste accepter avec le sourire un salaire de misère, autour de 700 DH par mois, soit beaucoup moins que le SMIG, avec une commission de 5 DH sur chaque course effectuée. Quant aux droits sociaux (CNSS, AMO et retraite…), ils sont tout simplement inexistants. Passés par pertes et profits. Dans un contexte de chômage des jeunes galopant, ces sites numériques d’intermédiation entre le fournisseur et le consommateur offrent, certes, des possibilités d’autonomie individuelle et des opportunités de travail intéressantes. Mais cela ne doit pas justifier que l’on s’asseye sur les droits des petites mains qui, elles, se coltinent toutes les difficultés du réel pour livrer souvent dans des conditions très difficiles les consommateurs-commanditaires.

Une autre forme d’exploitation de la main-d’œuvre, pire que celle du travail dans l’économie traditionnelle, s’est déjà installée dans le paysage. Elle risque de devenir la norme si les pouvoirs publics ne réagissent pas pour protéger les travailleurs notamment via une régulation des plates-formes numériques de travail qu’il faudrait orienter vers des pratiques socialement responsables. En somme, il s’agit d’un modèle à inventer avec l’élaboration d’un statut spécifique pour le travailleur indépendant.

En attendant, l’ubérisation–qui pose d’immenses défis aux gouvernements du monde entier– poursuit sa conquête arrogante du marché et des esprits. Ne se limitant plus aux voitures de transport avec chauffeur (VTC) qui avaient fait scandale dans de nombreux pays dont le Maroc, elle attaque également d’autres activités d’activité comme l’offshoring qu’elle soumet à sa logique de moins disant social qui reste généralement la marque de fabrique de l’économie des plates-formes. Au sein du gouvernement, certains ministres qui ont des intérêts dans certains nouveaux métiers, ont tendance à imposer l’ubérisation y compris pour  le télétravail au nom de la flexibilité derrière laquelle se cache en vérité une volonté inavouable de contourner le code du travail et ses obligations. C’est quand même paradoxal que Moulay Hafid et consorts défendent en douce une « trappe au précariat » alors que le Conseil des ministres du 11 février dernier a approuvé un projet de loi-cadre sur la protection sociale porté par le souverain. Il ne faut pas quand même que cette révolution numérique tous azimuts s’accompagne d’un retour à l’âge de pierre social. Ce serait vraiment dommage…

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