Il est enfin arrivé le très tant attendu rapport sur le nouveau modèle de développement du Maroc dont la commission Benmoussa, sur demande royale, a accouché après 18 mois de travaux intenses ! Chacun y allé de son commentaire après avoir pris connaissance des synthèses du livrable, largement partagées sur les réseaux sociaux. Or, le sentiment général dominant est la crainte que ce rapport, intéressant par son diagnostic et ses recommandations qui par certains aspects ont un air de déjà vu, n’aille rejoindre, faute de volonté politique, le musée des rapports similaires sur l’état de la nation, déjà réalisés au cours des dernières décennies, à l’image du rapport du cinquantenaire en 2005. Les membres de la commission Benmoussa se sont donné 2035 pour horizon. Ce qui assez lointain pour un pays qui ne peut plus se permettre le luxe d’être à la traîne. Des bilans d’étape réguliers et précis pour évaluer les progrès réalisés, pointer les difficultés, et rectifier éventuellement le tir sont naturellement nécessaires… A moins que l’on estime qu’il soit toujours urgent d’attendre…

Au-delà du catalogue des bonnes intentions et des analyses savantes, le grand défi, sinon l’unique, a trait à la mise en œuvre des solutions proposées pour lever les nombreux freins qui plombent le pays et empêchent son décollage. Immobilisé sur le tarmac, l’avion Maroc va-t-il enfin prendre son envol ? C’est l’espoir formulé par tous. Celui de voir enfin le pays emprunter résolument, après tant d’hésitation, de temps perdu et d’occasions avortées, le chemin vers un Maroc nouveau, plus égalitaire et entreprenant, solidaire et prospère pour tous dont les contours ont été esquissés par le rapport Benmoussa. Or, le meilleur des modèles de développement ne vaut que par la qualité des hommes censés le porter et le mettre en œuvre sur le terrain. Or, là réside bel et bien le talent d’Achille du Royaume qui n’a pas su créer les conditions nécessaires pour l’écrémage de son élite, limitée à quelques visages qui se relaient depuis des années sur les postes de responsabilités publiques. Au sein des partis décrédibilisés et usés dominent des profils, que l’on connait, qui sévissent comme ce n’est pas permis dans les communes et les régions. Or la question centrale des réformes politiques qui sont l’alpha et l’oméga de toute transformation réussie d’une société, Benmoussa et son équipe l’ont escamotée. Sauf à vouloir faire du neuf avec du vieux, ce qui s’apparente à une gageure, le nouveau modèle du développement, pour génial qu’il soit, part avec un handicap de taille qu’il fallait régler avant de se lancer dans une entreprise aussi ambitieuse.

Le Maroc ressemble à une grosse pelote avec des nœuds dans tous les sens. Il est incontestable que le bon bout à tenir, susceptible de dévider cet écheveau complexe, n’est autre qu’un système éducatif performant qui garantit l’égalité de tous les Marocains devant le savoir et l’apprentissage.

Comme le temps presse, le pays n’a d’autre choix pour faire vivre sa nouvelle feuille de route que de coopter une nouvelle élite en dehors des partis. Mission : poser les jalons d’un cercle vertueux dans les secteurs névralgiques (éducation et justice) qui sont déterminants dans la transformation du pays. Celle-ci passe aussi par le démantèlement de la rente qui plombe nombre de secteurs économiques en contribuant au creusement des inégalités sociales, devenues de plus en plus flagrantes,   malgré les efforts considérables consentis par ailleurs par les pouvoirs publics en matière du soutien aux secteurs sociaux via divers programmes. Rénover le nouveau modèle de développement suppose également d’accepter qu’il y’ait des perdants et des gagnants. Les perdants sont toutes ces catégories qui ont largement bénéficié, depuis l’indépendance du pays, du modèle économique ancien, tandis que les gagnants sont tous ces exclus de la croissance que les défaillances des politiques publiques ont contribué à paupériser et qui aspirent légitimement à un avenir meilleur. « Hélas, le progrès enregistré au Maroc ne profite pas à tous les citoyens.

En particulier, il ne touche pas ceux à qui Nous vouons une bienveillante sollicitude : nos jeunes qui représentent plus d’un tiers de la population », avait précisé le souverain dans son discours du 31 octobre 2017 où il a proclamé l’urgence de doter le pays d’un nouveau modèle de développement. La puissance publique étant impuissante face à tant de déficits à combler et ne pouvant pas tout faire, le salut ne peut venir que de l’initiative privée qu’il faut libérer en levant tous les obstacles qui inhibent les talents et les bonnes volontés. Le Maroc ressemble à une grosse pelote avec des nœuds dans tous les sens. Il est incontestable que le bon bout à tenir, susceptible de dévider cet écheveau complexe, n’est autre qu’un système éducatif performant qui garantit l’égalité de tous les Marocains devant le savoir et l’apprentissage. Le seul moyen de rompre avec la mentalité d’assistanat qui fait des ravages dans le pays. En somme, c’est l’homme marocain, un citoyen, instruit, responsable et doté d’une conscience politique, qu’il faut bâtir. Sans ce travail de construction du capital humain et son implication effective dans le développement de son pays, tous les efforts colossaux susceptibles d’être déployés sur d’autres fronts risquent d’être vains. Un appareil judiciaire, réellement indépendant et impartial, résultant d’une véritable séparation des pouvoirs, n’en représente pas moins avec une école moderne et rénovée un levier essentiel dans le bond en avant que le Maroc ambitionne de faire. Au travail !

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