Abdellah Chankou
19.3.2020 0:00

Avant l’apparition du coronavirus en Chine en décembre 2019, le monde ne jurait que par la politique d’ouverture et l’ouverture sur l’autre déclamée dans des discours plus ou moins sincères, démentis par les faits devant la montée des nationalismes, la peur de l’étranger, le refoulement de migrants et le durcissement des conditions d’obtention du visa, etc…   

Cette épidémie, devenue pandémie, s’est révélée autrement être plus extrémiste que tous les partis xénophobes et nationalistes réunis puisqu’elle a provoqué une politique de fermeture brutale des frontières, décrétée malgré eux par les Etats pour se protéger quitte à provoquer un chaos sans précédent. Le Pen et compagnie ont en rêvé, le coronavirus l’a fait dans des proportions très dramatiques !  

Le monde se barricade dans un repli sur soi jamais vécu auparavant dans une tentative désespérée de chaque pays d’empêcher l’intrusion sur son sol de cet ennemi invisible et ravageur. Mais rien n’y fait,  le virus s’est déjà installé dans la bergerie humaine, se propageant à un rythme rapide et de manière exponentielle. D’habitude envahis par les touristes, les rues et les places des grandes villes européennes et américaines sont devenues soudainement désertes. Pas un chat. Ces images de cités fantômes frappent les esprits et révèlent en même temps la fragilité de l’être humain qui croyait jusque-là, par le biais du progrès technologiques, avoir tout dompté autour de lui… Grosse erreur. Le petit virus a fait déferler une grande peur sur le globe.  Après les écoles, les crèches et les universités, c’est au tour des magasins, cafés, restaurants et bars de fermer leurs portes en Italie, en France,  en Espagne et aux Etats-Unis. D’autres pays leur emboiteront le pas à mesure que la maladie poursuit sa conquête insolente.

Entre inquiétude et incertitude, les gens égaux devant le covid-19 

ne savent pas de quoi demain sera fait. Le confinement est ce qui 

les attend tous.

Entre inquiétude et incertitude, les gens égaux devant le covid-19 ne savent pas de quoi demain sera fait. Le confinement est ce qui les attend tous. Plus que les humains dont il envoie de vie à trépas entre 2 et 3 % des contaminés, le coronavirus est visiblement décidé plus que jamais à ravager la croissance mondiale qu’il a déjà mise à terre. Après avoir fait des dégâts colossaux en Chine qui commence à redresser la tête, le covid-19 s’est invité en Occident où il a mis plusieurs pays à l’arrêt. Le K.O. Le pire est à craindre surtout que personne, à commencer par l’OMS, ne connaît quand interviendra le pic de cette pandémie qui a l’allure d’une malédiction qui s’est abattue sur les humains. 

Sans doute, le coronavirus, au vu de ses conséquences ravageuses à l’échelle planétaire, est-il programmé pour accoucher d’un nouveau monde plus juste et moins inégalitaire, que les dirigeants de la planète ont longtemps esquivé par des politiques pour le moins autant irresponsables qu’hypocrites. La mondialisation, vendue par ses artisans comme la promesse d’un monde plus solidaire avec un libre-échange profitable à tous, a viré dans les faits à une course effrénée au surprofit sur fond d’ultralibéralisme ravageur qui s’est accompagnée d’un creusement abyssal des inégalités. Le bilan de cette grosse dérive n’a rien d’un motif de fierté : Les 26 milliardaires les plus riches de la planète détiennent désormais autant d'argent que la moitié la plus pauvre de l'humanité, selon le rapport 2019 d'Oxfam. Ces chiffres effarants, qui ont juste suscité dans les médias quelques cris d’indignation sans lendemain,  n’ont nullement choqué les dirigeants du monde, ces derniers n’ayant rien tenté pour humaniser un tant soit peu une économie mondiale prédatrice et à visage sauvage. Le même désintérêt touche les décomptes effroyables des victimes provoquées par des guerres et conflits qui ravagent en continu certains pays issus notamment du monde arabo-musulman où les puissances se livrent à un jeu trouble pour défendre leurs petits intérêts au détriment de la vie des innocents massacrés par des armes sophistiquées que l’Occident vend à prix d’or aux belligérants. Pour cause d’interventionnisme étranger non dénué d’arrière-pensées, les Syriens, les Irakiens et les Libyens ont rejoint les Palestiniens, privés injustement depuis 1948 de leur terre et livrés dans l’indifférence de la communauté internationale à l’oppression israélienne, sur la liste des damnés de la terre. Mais ces tragédies humaines scandaleuses, qui interrogent l’humanité toute entière, ne semblent être qu’un détail insignifiant dans l’agenda des maitres du monde qui ne parlent que le langage de la prédation économique enveloppé dans des euphémismes comme le libéralisme, la réduction des coûts, la compétitivité et la diversification des marchés…

Cette terminologie soft masque en fait le côté sombre du néolibéralisme et son corollaire qu’est la mondialisation : le chômage de masse, l’accroissement de la pauvreté, le massacre écologique, la surexploitation des ressources, le dérèglement climatique et l’exacerbation des égoïsmes… Par la puissance de son impact planétaire et le coup de décroissance qu’il a provoqué, le Coronavirus rappelle aux décideurs du monde qu’ils ont fait fausse route. Vont-ils en tirer les enseignements qui s’imposent pour introduire un cercle vertueux dans la marche chaotique du monde ? 

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