Abdeslam Seddiki
8/10/2020 15:54
Abdeslam Seddiki : Economiste, ancien ministre de l'Emploi et des affaires sociales.

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Dans une quinzaine de jours, le projet de loi de finances (PLF) pour 2021 sera déposé devant le Bureau de la Chambre des Représentants donnant ainsi le coup d’envoi au marathon budgétaire. Entre-temps, il fera l’objet d’une adoption prochaine en Conseil des Ministres dans ses grandes orientations avant d’être examiné en détail par le Conseil du Gouvernement. Mais d’ores et déjà, le Ministre de l’économie, des finances et de la réforme de l’administration en a dévoilé les grandes lignes et les priorités devant les deux commissions de finances parlementaires réunies le 28 septembre dernier,   lesquelles priorités ont été définies dans le document ministériel intitulé « rapport préalable au budget » (www.finances.gov.ma).

La prochaine loi de finances, comme la loi de finances rectificative qui l’a précédé, intervient dans un environnement international et national qui demeure incertain et dans une conjoncture pour le moins difficile, d’autant plus que la bataille contre la pandémie covid-19 est loin d’être gagnée, en l’absence d’un vaccin qui n’interviendrait, dans le meilleur des cas que dans le courant de l’année prochaine. On comprend dès lors les difficultés rencontrées à monter un budget qui réponde à la fois aux exigences de la relance économique et de la préservation de l’emploi, aux impératifs de la satisfaction des besoins de la population et aux nécessités de la mobilisation des moyens conséquents. Exercice d’autant plus risqué que les marges de manœuvre se rétrécissent face aux multiples incertitudes.

Ainsi, les résultats prévus pour l’année en cours, ne sont guère réjouissants. Juste suffisants pour éviter le naufrage ! La croissance économique serait de l’ordre de -5,8% (révisée à la baisse par rapport aux prévisions de la loi de finances rectificative) ; le déficit budgétaire serait de 7,5% en aggravation de 4 points par rapport aux prévisions suite notamment à une érosion des recettes ordinaires (fiscales et non fiscales) évaluée à près de 48 MM DH ; les  recettes  touristiques  baisseraient de plus de la moitié ; les IDE reculeraient à 1,5% du PIB contre 2,9% du PIB en 2019 ; seuls les transferts  des RME ont résisté à la crise en enregistrant une baisse modérée de 5% donnant un léger soulagement au compte courant qui dégagerait un déficit de 6% du PIB (au lieu de 8,6  prévus par la LFR).


Attentes


Dans une telle situation de repli de l’activité économique, le chômage ne ferait qu’augmenter atteignant des niveaux inégalés notamment dans les rangs des jeunes, des femmes et des personnes fragiles. Le taux de chômage en milieu urbain avait déjà dépassé la barre des 15% au deuxième trimestre de l’année et il est fort à craindre que ce taux ne grimperait à 20 % à fin 2020.  

En retenant les hypothèses d’une campagne agricole de 70 M qtx, d’un cours du baril à 50$, du gaz butane à 350$ la tonne,  d’une maîtrise de l’épidémie, de la réouverture des frontières à partir du premier trimestre de 2021, du regain de la confiance des ménages et des investisseurs, d’une reprise chez nos principaux partenaires… les services du Ministère tablent sur un taux de croissance de 4,8% pour 2021 et une croissance moyenne de 4,5% pour la période triennale 2021-2023.

Sur cette base, le PLF 2021 fixe  les orientations  et priorités suivantes: l’activation des grands projets de réformes annoncés par le Roi dans le dernier discours du trône ;  l’accélération de la mise en œuvre des réformes portant notamment sur la santé, l’enseignement,  la formation professionnelle, l’INDH, les énergies renouvelables, les grandes stratégies de développement dans les secteurs de l’eau, de l’agriculture et l’industrie; l’amélioration des mécanismes de la régionalisation avancée.

A cette fin, le gouvernement serait appelé à  mobiliser une enveloppe additionnelle de 33,2 MM DH  affectés à la généralisation de l’AMO, à l’éducation et à la santé qui verront leurs effectifs renforcés respectivement de 17000 et de 5500 postes, aux dépenses du personnel, à la caisse de  compensation et aux régions sans oublier les 1,5 MM DH consacrés à l’organisation des élections. Comment financer ces 33 MM DH ? On ne le sait pas pour l’instant, mais on peut affirmer,  sans être contredit,  que  le gouvernement n’a d’autre choix que de  recourir à nouveau  à l’emprunt,  comme  il vient de le faire, tout récemment,  en levant 1 MM $ à l’international. Pour ce qui est des mesures relatives à la réduction du train de vie de l’administration, y compris la suppression de nouveaux postes budgétaires, à l’exception des départements jugés prioritaires, elles auraient tout au plus valeur d’exemple sans impact significatif sur les finances de l’État.  Car là où l’argent existe, on n’oserait pas y aller, ni y toucher.  Sinon, comment peut-on expliquer autant d’atermoiements et d’hésitations à mettre sur le tapis la réforme fiscale dont tout le monde, et en premier lieu le gouvernement, avait souligné l’urgence et la nécessité lors des assises de Skhirat de mai 2019 ?

Certes, on peut toujours arguer que la conjoncture n’est pas favorable pour lancer une telle réforme. Au contraire, c’est dans les moments difficiles de crise que les grandes réformes sont mises en œuvre. Tout le monde sait qu’il n’y a pas d’accouchement sans douleur, sauf à recourir à la césarienne. Avec le coût exorbitant que celle-ci exige. Les solutions de facilité ne sont pas généralement les meilleures.

Elles permettent juste de gagner un peu de temps et de colmater les brèches. Notre pays a besoin de plus que ça pour répondre aux attentes du peuple. Pour l’instant, l’espoir réside dans le plan de relance dont on attend la déclinaison sectorielle et territoriale. Il ne faut surtout pas le faire éclater en « pièces détachées» avant de lui fixer le cap et d’en définir les objectifs. Car l’efficacité de tout plan est largement tributaire du niveau de sa cohérence.

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