Gigantesque fraude à la Ponzi à Agadir

L’escroc présumé a laissé plusieurs victimes sur le carreau…

A Agadir, un jeune escroc ingénieux  a marqué son prénom  au fer rouge. Tout le monde, là-bas, le connaît. Quelque 4.000 victimes et environ 800 millions de DH subtilisés via la fameuse  pyramide de Ponzi.

Il n’a rien inventé du tout et, pourtant, il vient de prouver que les systèmes de Ponzi ont encore de beaux jours devant eux, si on sait cibler, et si on sait convaincre. Cette affaire a tellement fait parler d’elle au cours de cet été  et les victimes sont tellement nombreuses, un peu partout au Maroc, que Badr est un peu entré dans la légende. Une funeste légende… Ce dernier, en effet, ciblait prioritairement des personnes défavorisées, des personnes qui seraient forcément attirées par des gains rapides. Cela peut sembler banal, dit comme ça, car pour beaucoup il n’était question que d’améliorer son quotidien, ne pas rater une belle occasion d’investissement, mais ce serait oublier que certaines de ses victimes avaient, vraiment, grand besoin de fonds de toute urgence. Pour payer des dettes, par exemple, ou pour… des opérations chirurgicales. Et même là, même en le sachant pertinemment, Badr et Salma, son épouse – qui faisait office d’assistante et qu’il a épousé au beau milieu de son arnaque, dans un mariage grandiose qui a marqué les mémoires (Coup de foudre entre escrocs ?!)- ces deux acolytes, disions-nous, n’ont jamais hésité. « Pas de pitié pour les sots », ont-ils probablement pensé, avant de se faire des bisous.

Parlons donc de sa méthode, à ce fameux Badr,  jeune homme de 24 ans. N’ayant pas vraiment inventé la poudre, il utilisait le bouche-à-oreille ou les réseaux sociaux pour proposer des investissements promettant des gains juteux au courant du même mois. Hasnaa, une de ses victimes, nous explique : « J’avais trouvé une annonce sur les réseaux sociaux. J’ai appelé, on m’a convaincu, et j’ai investi ». Trop simple ?! Pas vraiment. Pour comprendre pourquoi elle a été convaincue, retranscrivons ici un fichier audio qu’elle a reçu, dans une conversation de groupe, de la part de l’assistante d’alors qui est devenue épouse par la suite, la prénommée Salma: « Nous sommes une société d’investissements boursiers. Nous travaillons avec Tesla, avec Apple, avec Meta… Nous recueillons les investissements de plus de 1000 dirhams, et nous vous achetons des actions.

Vous choisissez la durée du retour sur investissement : une semaine, quinze jours… à savoir que plus la durée est longue et/ou plus votre apport est élevé, plus vous gagnez de l’argent ». Explications sur la manière de procéder opérées, Salma passa tout de suite après au côté psychologique : « Vous avez le droit d’avoir peur, de craindre les escroqueries, et donc de poser les questions que vous voulez et de demander les garanties à même de vous apaiser. On peut même se rencontrer si vous le désirez. Tous nos papiers sont en règle et on peut dissiper tous vos doutes. On peut même signer des contrats. Nous n’avons absolument aucun problème avec ce genre de choses car nous comprenons. Nous prenons uniquement 10% des gains, notre broker prend 10% et l’investisseur prend ce qui reste ». Et, pour finir, elle parlait des gains, des… chiffres, que celles qui ont précédé les cibles en vue, les heureux pionniers pour ainsi dire,  ont déjà empochés. La même Hasnaa nous en parle : « Une semaine après mon premier investissement, de 1000 dirhams, on m’a donné mon bénéfice  de 750 dirhams, tout en gardant mon capital bien au chaud chez Badr. J’ai alors encouragé des amies et des membres de la famille qui ont aussi investi et qui ont aussi touché des plus-values.  En recrutant   de nouvelles personnes, nous sommes devenues un groupe de 40 personnes qui avons chacune investi 2500 dirhams. Et après 15 jours il nous a à nouveau donné nos gains, le double de ce que nous avions investi, par deux fois, alors qu’il avait promis qu’il nous donnerait 4 fois. Mais ce n’était pas grave. L’argent rentrait à flot ». Rien à dire, alléchant ! (Sauf si on sait ce qu’est une pyramide de Ponzi).

Pour les femmes les plus méfiantes, Badr avait d’autres manières de s’assurer  leur confiance : l’affect et l’éloquence. Une autre de ses victimes, Layla, confie : « Ne voulant pas me faire duper, j’ai rencontré des gens d’Agadir qui avaient investi chez Badr et qui le connaissaient de près. En les questionnant sur sa réputation, ces femmes m’ont dit qu’il était à 100% digne de confiance et qu’elles le connaissaient depuis son jeune âge. Elles habitaient dans le même quartier que lui et ont assuré qu’il ne pouvait aucunement être un arnaqueur. Et, en le rencontrant, je ne pouvais que me ranger de leur côté. Il était si éloquent, si posé, et inspirait fortement  confiance. Il parlait également d’idéaux, de volonté de changer les choses, comme le chômage, la pauvreté… ». Certes, on leur donnerait, lui et son épouse, le bon dieu sans confession, comme on dit.

Et il ne s’arrête pas là, pour clore ce sujet de fiabilité. Même dans la rue, et partout où il se trouve, il joue un rôle. Louant des voitures et des villas de luxe, s’habillant à la dernière mode, et, surtout, faisant preuve d’une générosité sans pareille. Najib, qui le côtoya de près, nous décrit ce « cinéma » : « Je le voyais souvent. Sans vraiment être un ami, c’était une connaissance cordiale. Il était toujours tape-à-l’œil. On lui ouvrait la porte quand il arrivait devant une boîte de nuit, et les serveurs et employés des cafés, des salles de jeux, étaient toujours excités en le voyant entrer dans leur établissement. Il distribuait des pourboires à tout le monde. Des billets de  100  et de 200 dirhams. S’il y avait des tapis rouges, on les lui aurait déroulés sans hésitation ».

Et comme c’est assurément quelqu’un de très inspiré, il ne ratait aucune occasion pour asseoir sa réputation d’honnête homme. Un exemple ?! Une fois, selon certains témoignages, un groupe lui a ramené 10 millions de centimes en espèces. Badr a refusé de les prendre, prétextant qu’en la conjoncture d’alors c’était un montant trop important, un montant qu’il ne pourrait investir. Il n’en a pris que la moitié. Inutile de dire quel effet il a eu, rien qu’en refusant de prendre la somme en sa totalité. Et après 10 jours, il a doublé leurs mises, promettant trois autres versements du même montant, trois autres versements qu’il a honorés sans faute. Toutes les femmes commencèrent alors à faire le maximum pour réunir le plus d’investisseuses. C’était une manne tombée du ciel.

Quand le système s’effondre !

Actuellement en fuite quelque part hors du Maroc, après l’effondrement de son système , et avec en poche 800 millions de dirhams et derrière lui plus de 4000 victimes selon certaines sources médiatiques (il n’y a toujours pas de données officielles concernant cette affaire, et il parait qu’il y a aussi des victimes dans d’autres pays, comme les E.A.U. ou l’Egypte), Badr a également pigeonné des   hommes d’affaires. Mais dans les   strates sociales les plus défavorisées qu’il a fait beaucoup de dégâts (on recense des victimes à Tanger, Fès, Oujda, Agadir, Laâyoune…). Najat, bouleversée, crie son chagrin : « Il a profité de nous car nous n’avions aucune idée que de pareilles ruses pouvaient exister. Il a profité de veuves ayant des enfants, de femmes divorcées, de familles pauvres, certains ont vendu  leur or, des biens, ont hypothéqué leur maison, contracté des crédits, pris de l’argent de l’épargne familiale ou même subtilisé de l’argent à leurs époux, à leurs frères, à leurs pères, croyant qu’elles pourraient le rendre plus tard. Et plusieurs ont même promis à leurs parents, à leurs enfants ou à leurs conjoints des soins médicaux ou des opérations chirurgicales une fois qu’elles auraient obtenu leurs gains… ». Et elle n’est pas la seule à pleurer, vous pouvez nous croire sur parole. Tant qu’il y  aura  des cupides attirés par des gains faciles, les arnaques aux faux placements mirifiques ont de l’avenir.

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