Mohamed Amkraz, ministre du Travail et de l’insertion professionnelle.

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Au Maroc, la crise sanitaire a révélé un monde professionnel, notamment celui des usines,  dépourvu de conditions de sécurité pour les travailleurs.

Il va sans dire que la partition du déconfinement  se joue en grande partie dans le monde du travail, particulièrement à l’intérieur des usines. L’évolution de la courbe des contaminations au Maroc a montré que ces lieux confinés, souvent très peu aérés, sont propices à l’apparition et à la propagation de la maladie. Des foyers d’infection ont surgi en effet  dans différentes chaînes de production essentiellement à Casablanca (et aussi Tanger) : un complexe de chaussures, un groupe agroalimentaire, une chocolaterie et les deux usines de Renault… Ce constat jette une lumière crue sur une autre réalité peu reluisante, celle de la médecine du travail. Dans ce domaine, force est de reconnaître que  le Maroc, malgré un arsenal juridique assez étoffé, reste encore à la traîne sur le terrain. La crise sanitaire actuelle lui offre l’occasion de pallier aux multiples insuffisances et manquements qui continuent à miner ce secteur. Etant entendu que la santé au travail dans son acception la plus large (surveillance des conditions d’hygiène sur le lieu du travail, suivi de l’état de santé des employés et surtout prévention des risques professionnels) va évidemment bien au-delà de la réalisation des tests de dépistage en entreprises recommandée par la CGEM comme condition à la reprise de leur activité. Il s’agit aujourd’hui de prendre cette question à bras-le-corps pour accélérer le processus de mise en place des services de santé au travail. Pour le moment, ces derniers sont assurés essentiellement par les grandes entreprises tandis que la majorité des PME, qui constituent la majorité du tissu productif, continuent à se soustraire à cette obligation pourtant prévue dans le code du travail pour les entreprises comptant plus de 50 employés et moins de 50 pour les sociétés dont l’activité est propice aux maladies professionnelles. Or, dans la pratique, les employeurs, qui considèrent souvent que la santé de leurs travailleurs comme une charge alors qu’elle doit être envisagée comme un investissement, rechignent à mettre en place des services médicaux en sein de leurs entreprises.

Entretien avec Abdelaziz Alaoui, président de la Caisse mutualiste interprofessionnelle marocaine (CMIM)  

Le législateur doit revoir sa copie

Dans cet entretien, le président de la Caisse mutualiste interprofessionnelle marocaine (CMIM) Abdelaziz Alaoui dresse pour le Canard l’état de la médecine du travail au Maroc et les obstacles qui continuent à s’ériger sur son chemin.


Le Canard Libéré : En quoi consiste le rôle du médecin du travail?

Abdelaziz Alaoui : Le médecin de santé au travail a un rôle exclusivement préventif, dont le rôle est d’éviter toute dégradation de la santé des salariés, du fait de leur activité professionnelle. Il a aussi une mission de conseil auprès de l’entreprise en ce qui concerne l’amélioration des conditions de travail dans l’entreprise en termes d’hygiène, l’adaptation des tâches, des techniques et des rythmes de travail à la physiologie du corps humain, la protection des employés contre les nuisances à caractère moral ou celles liées notamment aux risques d’accidents du travail et l’usage de produits chimiques dangereux…


Où en est la médecine du travail au Maroc ?

Un travail  énorme a été effectué  dans ce domaine, ce qui fait que de plus en plus d’entreprises sont sensibilisées, grâce notamment aux journées d’informations, organisées par la CMIM, à l’importance de disposer d’un service dédié à la santé au travail. Mais  beaucoup reste à faire pour que la médecine du travail s’installe réellement dans le monde professionnel.  


La médecine du travail, à part les grands groupes où elle est implantée, continue à être ignorée par la majorité des chefs d’entreprise alors que loi l’a érigée en obligation…Qu’est ce qui explique cette distorsion ?

Certes, le code du travail a rendu obligatoire la mise en place du médecin du travail pour les entreprises de plus de 50 travailleurs (moins pour celles pouvant générer des maladies professionnelles) tout en sanctionnant les contrevenants d’une amende entre 2.000 et 5.000 DH. Mais la loi bute sur la réalité du terrain en ce sens où cette infraction doit être relevée par  un médecin-inspecteur du travail. Or, le Maroc ne dispose que d’une dizaine pour l’ensemble du territoire national. Ce qui rend difficile, sinon impossible, la mission de contrôle dévolue à ces responsables.


Comment pallier  cette contradiction ?  

La solution à mon avis consiste en la création d’un centre de médecine du travail. Celui-ci  a pour rôle de  prendre en charge les besoins des travailleurs à travers la réalisation des tests lors de l’embauche de chaque salarié, la mise en place des contrôles et des suivis réguliers, l’élaboration de missions de vulgarisation et d’information au profit aussi bien des travailleurs que des employeurs sur les risques professionnels et l’accompagnement spécifique à chaque entreprise  dans tout ce qui a trait à la sécurité des travailleurs.


Existe-t-il au Maroc assez de médecins du travail pour l’ensemble des travailleurs et salariés?

Là aussi, il y a un problème. Le nombre de salariés actifs au Maroc dans le secteur formel est estimé à 12 millions. Si on doit assigner un médecin du travail à 50 ou même 100 travailleurs, le besoin en médecins du travail serait de 120.000.  

Or, selon l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM), le Royaume compte à peine 196 médecins légaux et de travail, dont 69 à Casablanca, 21 à Rabat et 18 à Tanger. Ce qui est évidemment bien en deçà des besoins réels du tissu économique et de la population active.


Comment expliquez-vous ce grand décalage entre la législation et la réalité sur le terrain?

Face au manque de moyens en médecins du travail, il est temps pour le législateur de revoir sa copie. Il conviendrait, à mon avis, de mutualiser  les services de médecine du travail  pour mieux les lisser sur le territoire national.


Pensez-vous qu’il y aura un après, notamment  en matière de la santé au travail à la lumière de la crise sanitaire du Covid-19 ?  

A mon avis, il est primordial, voire salutaire de revoir la finalité de l’entreprise, de telle sorte de trouver un nouvel équilibre entre la nécessité de création de la valeur et l’impératif de santé de ceux qui contribuent à  la créer. Car cela ne sert à rien d’accumuler des richesses si la sécurité sanitaire des travailleurs et leur épanouissement  restent le parent pauvre des stratégies d’entreprises. Le fléau  du Covid-19 qui s’est abattu sur la planète a montré suffisamment que la santé n’a pas de prix.  Oui l’accès aux soins, à la santé et au bien-être est un droit universel, garanti par notre Constitution, auquel nous devons tous aspirer mais aussi respecter. Car sans santé et sans bien-être, nous ne saurons ni être, ni avoir et encore moins faire.

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