Abdeslam Seddiki : Economiste, ancien ministre de l'Emploi et des affaires sociales.

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Nous vivons une situation particulièrement délicate et pleine de risques. Elle nous impose de nous armer à la fois de lucidité et d’humilité. Autant le confinement a été une solution, coûteuse certes, facile à mettre en œuvre, autant la phase actuelle de déconfinement couplé à l’urgence sanitaire pose des problématiques complexes voire contradictoires. Il s’agit de revenir à une vie normale tout en maitrisant la propagation d’un virus  mortel. Tous les pays vivent dans cette contradiction. Car il est hors de question de retourner à un confinement tel que nous l’avions vécu  durant plus de 3 mois. Aucun pays, à notre connaissance, n’envisage cette hypothèse, d’autant plus qu’on est arrivé à connaitre globalement les canaux de transmission du virus et les moyens appropriés pour en limiter la propagation.  C’est pour cette raison que le rôle de tout un chacun  dans la lutte contre la pandémie, en attendant le développement d’un vaccin anti-covid-19 qui pourrait intervenir courant 2021,  est primordial.

C’est dans ce contexte qu’aura lieu prochainement la rentrée scolaire. Disons d’emblée que la question n’est pas simple. Déjà en période normale, la rentrée est un casse-tête à la fois pour les familles et pour l’administration. Elle demande de l’organisation, des moyens et de la persévérance. En pareille circonstance, il ne saurait y avoir de solution sous forme de « prêt à porter ». Quelle que soit la solution envisagée, elle présenterait à la fois des  avantages et des inconvénients. Il faut les classer selon une grille de lecture et retenir, non la meilleure, mais plutôt la « moins mauvaise ». Ceux qui préconisent sur les réseaux sociaux, une minorité du reste, le recours à une année blanche sont pour le moins qu’on puisse dire des irresponsables  et des gens peu matures. Ils ne réalisent pas les pertes et les souffrances qu’occasionnerait un tel choix aussi bien pour les enfants que pour  leurs familles et le pays dans son ensemble.

La garantie de la scolarisation de tous les enfants  dans des conditions idoines est un devoir national  et un droit constitutionnel sur lesquels aucune tergiversation n’est acceptée. Deux options se présentent devant nous : revenir à l’enseignement présentiel  en faisant fi de l’évolution de la pandémie ou poursuivre l’expérience de l’enseignement à distance pratiqué cahin-caha durant la période du confinement. Prises séparément, ces deux options sont porteuses  de risques immenses. Elles présentent chacune plus d’inconvénients que d’avantages.

La première risquerait de contribuer à l’aggravation du virus qui est déjà à un niveau inquiétant. Une telle option relèverait de l’aventurisme et risquerait de générer de nouveaux « clusters éducatifs » en transformant nos établissements scolaires en « usines de la mort » ! La deuxième manque à son tour  d’efficacité et  n’offre pas, de surcroit, une égalité des chances, tant elle est discriminatoire sur les plans social et territorial. Si ces limites sont vécues même dans les pays développés où le digital et le numérique se sont relativement « démocratisés » et font partie du quotidien, que dire d’un pays comme le nôtre qui souffre, non seulement  de déserts numériques, mais aussi et encore  de la persistance d’un taux élevé d’analphabétisme et d’illettrisme. Ajoutons à ces limites objectives portant sur le droit d’accès, des limites générales tenant aux méthodes pédagogiques  nouvelles que nécessite un enseignement à distance et qui sont pour l’heure peu maitrisées par le corps enseignant. Faut-il rappeler que les méthodes pédagogiques de l’enseignement présentiel, nonobstant les retouches successives qui  leur ont été apportées,  n’ont pas évolué depuis des siècles ! C’est dire toute la complexité  des méthodes pédagogiques : c’est un art qui s’enseigne et qui s’apprend sur plusieurs décennies.

La voie qui se dessine devant nous consisterait, par conséquent, à alterner intelligemment et d’une façon créative les deux options : enseignement à distance  et enseignement  présentiel. Une large  autonomie  serait accordée aux entités déconcentrées (académies régionales entre autres) tout en associant et en impliquant les enseignants et les apprenants, à travers les organisations syndicales et les associations des parents d’élèves.  Il faut éviter de prendre des mesures hâtives qui prêtent le flanc à la critique et sèment le doute dans les rangs des familles comme cela a été justement le cas  du fameux communiqué du Ministère de tutelle  mal rédigé et publié tard dans la soirée  pendant un week-end. C’était faire preuve d’amateurisme et de provocation. Heureusement que le Ministre s’en est relativement ressaisi en présentant ledit  communiqué dans un habillage nouveau qui  calme  l’opinion publique sans pour autant la rassurer.

Pour rassurer, il faut faire plus et dans la clarté. Le gouvernement, car c’est bien de lui qu’il s’agit, se doit de mettre les  bouchées doubles et travailler d’arrache-pied avec tous les intervenants pour assurer la rentrée scolaire dans de bonnes, ou plutôt «moins mauvaises », conditions. Il  faut arrêter de jouer au misérabilisme et  y mettre les moyens qu’il faudra, sachant que  l’investissement dans l’éducation est le meilleur moyen pour assurer la relance. Toutes les familles consentent individuellement des sacrifices pour garantir la scolarité de leurs enfants. La collectivité, à travers l’Etat, le fait mais elle doit faire davantage en période de crise. Que coûterait le fait de doter les enfants issus des familles démunies d’une tablette ou d’un Smartphone ? Que coûterait la couverture de  l’ensemble du territoire national par internet avec un débit élevé ? Que coûterait le recours au recrutement de jeunes  diplômés,  en tant qu’intérimaires,  pour encadrer les élèves  dans le besoin et les initier à l’utilisation de ces nouvelles technologies d’apprentissage ? Le Ministre des Finances n’a eu de cesse de nous  parler  de « financements innovants ». Voilà un domaine où il faut mettre en œuvre de tels instruments. En définitive, le plus grave serait de sacrifier l’avenir de nos enfants sur l’autel de l’austérité débridée. Tout le reste est  nécessairement soumis au débat.

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