Hors Italie, Brésil et Espagne, la Russie de Poutine est le 5e grand pays membre permanent du conseil de sécurité...

Hors Italie, Brésil et Espagne, la Russie de Poutine est le 5e grand pays membre permanent du conseil de sécurité à être surpris par la pandémie du nouveau coronavirus. Chronologiquement et pour ne citer que ces pays, le méchant virus s’est d’abord déclaré en Chine le 1er décembre 2019, puis aux Etats-Unis (21 janvier), puis en France (24 janvier) et en Italie (30 janvier), ensuite en Espagne, Royaume-Uni et Russie (31 janvier). Le Brésil déclarera son premier cas le 26 février.

La Russie se distingue du lot par le fait que la maladie qui s’y s’est propagée comme une traînée de poudre pour emporter des dizaines de milliers de malades semble avoir pris de court le régime de Vladimir Poutine réputé pourtant pour sa capacité de prévoir les crises et à les gérer avec efficacité. Du jour au lendemain et sans crier gare, la Russie est sortie de l’ombre à la lumière de l’actualité virale, devenant du coup le nouveau point chaud de coronavirus en se hissant à la 2e place après le « number one » que sont les Etats-Unis. Au dimanche 17 mai, le pays de Poutine totalisait 272 043 cas confirmés pour 2 537 décès.

Si ces chiffres apparaissent timides comparés avec ceux de l’Oncle Sam qui a enregistré à la même date quelque 1 467 884 de personnes testées positives pour 88 754 morts, il y a quand même de quoi inquiéter Moscou, ne serait-ce que la cadence des nouvelles contaminations constatées, sur les 3 derniers jours,  qui a atteint l’effroyable chiffre de 10 000 !

Poutine a-t-il signé là son premier échec retentissant, lui qui a su s’imposer au monde entier en tant que grand stratège qui ne se trompe presque jamais ? En tout cas, comme beaucoup de ses homologues, au début de la pandémie, il a peut-être sous-estimé l'ampleur que pourrait prendre cette dernière dans son pays. « La situation est globalement sous contrôle(…) La Russie a l'air bien mieux que d'autres pays »., a-t-il déclaré le 18 mars. » Mal lui en a pris. Pire : ces terrifiants chiffres pourraient n’être que la face visible de l’Iceberg. En effet si les autorités russes comptaient comme aux Etats-Unis le nombre des morts seraient beaucoup plus grand qu’annoncé. Aux États-Unis, en effet,  si un patient meurt alors qu'il est testé positif pour le coronavirus, le décès est ajouté au décompte officiel tandis qu’en Russie, la cause du décès doit être directement liée au virus, comme une insuffisance pulmonaire, pour qu'il soit pris en compte dans le décompte officiel. Moscou a-t-il délibérément opté pour une méthode de décompte à même d’amortir le choc qu’auraient provoqué au sein d’une population des chiffres qui reflétant la réalité ? Peut-être que oui, peut-être que non. Mais on ne peut s’empêcher de flairer la manip. Au 11 mai, on dénombrait « seulement » 2 000 morts, contre 26 300 en France. Trop beau pour être vrai ? « Présenter les choses sous un jour avantageux est dans la nature du système , répond Nina Khrouchtcheva, professeur de relations internationales à la New School de New York et arrière-petite-fille de l'illustre dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev. Les chiffres du gouvernement sont toujours à prendre avec des pincettes. »,  écrit lexpress.fr du 12 mai.

En tout cas le nouveau coronavirus semble avoir secoué le Kremlin. Le 7 mai dernier, le département de politique étrangère a demandé à 11 experts russes d'évaluer les 20 ans de règne de Poutine et ce que l'avenir lui réserve. Susan Glasser, rédactrice en chef au New Yorker,  résume la rapidité avec laquelle les choses ont changé pour le dirigeant russe. « Mai 2020 devait être une fête pour le 20ème anniversaire du poutinisme, mais la fête a été annulée », écrit-elle. La messe est dite.

Les plus lus