Le président algérien Abdelmadjid a choisi de se confier au Canard pour parler, sans langue de bois, de la situation sanitaire de son pays dont il minimise la gravité...

En raison des ravages du Covid, la situation sanitaire en Algérie est alarmante mais vous en minimisez la gravité. Pourquoi ?

C’est la politique de l’Autruche que nous déployons pour combattre les oiseaux de mauvais augure. En Algérie, les dirigeants au service de l’armée ont juré depuis longtemps de ne jamais dramatiser quoi qu’il arrive, même quand mon Premier ministre a été contrôlé récemment positif au Covid-19.  C’est notre façon d’être négatifs et de continuer à aller sereinement de l’arrière en accélérant.


De l’arrière ?

Oui, de l’arrière car nous sommes immunisés définitivement contre la progression, le progrès et même l’avenir.  Du coup, c’est le mode marche arrière, où nous possédons une bonne longueur d’avance par rapport à la concurrence, que nous affectionnons et nous maîtrisons le plus en Algérie. Pendant que certains pays avancent et d’autres stagnant, l’Algérie, elle, recule merveilleusement bien.  

Franchement, aller de de l’avant n’a jamais été algérien et ne le sera jamais.


D’après les médecins algériens,   le pays fonce plutôt droit dans le mur en accélérant côté crise sanitaire au vu de  la saturation des hôpitaux qui commande de votre part une mobilisation intense pour juguler le Covid et sauver des vies humaines…

Le covid, le covid !  Ça ne sert qu’à se casser la tête, le virus est imbattable puisqu’il a démontré suffisamment   une capacité de résilience et de mutation phénoménales. Mourir du covid, ou d’un AVC ou du cancer de foie…c’est du pareil au même. Il faut bien mourir de quelque chose…


Je vois bien que le sort des Algériens vous intéresse très peu ou pas du tout…

Les Algériens sont comme le coronavirus. Exceptionnels qu’il sont, ils résistent à tout y compris aux privations de toutes sortes. Peu importe qu’ils manquent d’huile de table, de lait ou même d’eau. Ce sont des durs, pas gâtés pour un dinar qui ont la chance d’être dirigés par des gens qui font tout pour que le martyre continue pour le pays de 1,5 million et demi de martyrs.


Qu’est-ce qui fait alors vibrer la junte militaire dont vous êtes le pantin ?

Les causes perdues d’avance et les combats d’arrière-garde (tout ce qui évoque le passé ou l’arriérisme  nous passionne) comme le Polisario.

Personnellement, je ne vibre que pour Brahim Ghali que j’ai fait soigner aux frais de l’État algérien en Espagne. La santé du chef du Polisario m’importe car de celle-ci dépend le passé de l’Algérie et le maintien de son anachronisme éclairé.  


Ah bon !

L’Algérie des généraux ne regarde que dans le rétroviseur en préférant les chemins sinueux aux routes droites.

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