Ahmed Zoubaïr
24/11/2021 23:30
Chakib Benmoussa arrivera-t-il à réformer l'école contre le lobby syndical ?

Pour l’école publique qu’il veut réformer, le ministre de l’Éducation nationale, qui s’est mis à dos les syndicats pour sa première...

Pour l’école publique qu’il veut réformer, le ministre de l’Éducation nationale, qui s’est mis à dos les syndicats pour sa première tentative réformatrice, veut des professeurs débutant leur carrière à 30 ans et qui ont la vocation. Mais est-ce suffisant ?

Il paraît que le gouvernement Akhannouch ne va pas réformer tranquille et que sa volonté de réforme risque de se heurter à une contestation forte des corporations concernées. L’équipe au pouvoir vient d’avoir un avant-goût de ce qui l’attend, à la faveur d’un aspect de la réforme de l’enseignement dévoilé par le ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire et du Sport Chakib Benmoussa. Accueillie par une salve de critiques et des marches de protestations organisées dans plusieurs villes, la refonte porte sur  la mise en place d’une procédure de présélection au concours écrit, l’exigence d’une lettre de motivation des candidats pour évaluer leur intérêt pour les métiers d’éducation, l’obligation pour les enseignants du secteur  privé désireux de passer le concours  privé de produire une autorisation de leur employeur et  l’abaissement de 40 à 30 ans de l’âge maximal comme condition de participation au concours de recrutement  des enseignants et des cadres administratifs. C’est cette dernière condition qui a mis le feu aux poudres et fait enfler la polémique sur les réseaux sociaux qui ont fustigé une décision discriminatoire, voire illégale.

Le corps enseignant dans son ensemble n’est pas d’accord avec cette restriction qu’il trouve sans fondement. « Cette décision est injustifiée à plusieurs niveaux, notamment en ce qui concerne l’argument avancé par le ministère et qui vise l’amélioration de la qualité des prestations fournies. La fixation de l’âge maximum à 30 ans au lieu de 40 ans est une décision politique. Et Chakib Benmoussa doit en assumer les conséquences, surtout qu’elle devrait générer des tensions sociales. Cela va empêcher des milliers de diplômés universitaires de postuler à ce concours », dénonce Issam Rejouani, professeur de sciences sociales à l’université Ibn Tofail de Kénitra. Même son de cloche du côté de Omar Cherkaoui, professeur universitaire de sciences politiques à l’Université Mohammed V de Rabat. « Notre pays n’a pas besoin de ce genre d’initiative en cette période de conjoncture difficile. Nous vivons une grogne sociale importante sous l’effet du renchérissement des produits de première nécessité et aussi d’un taux de chômage inquiétant. Les partis politiques, les syndicats et la société civile doivent mettre la pression pour rejeter cette décision qui est contraire aux principes de la Constitution basés sur l’équité sociale».

Les syndicats sont montés également au créneau pour manifester leur mécontentement et exprimer leur rejet de la mesure de fixation de l’âge limite à 30 ans. Pour eux, la compétence n’a pas d’âge. C'est pour cela qu'ils exhortent le ministre - qui a décidé de rester inflexible - à revenir sur sa décision prise de « manière unilatérale », intervenue à moins de 20 jours de la date du concours de recrutement des futurs enseignants. D’où les manifestations qui ont éclaté dans nombre de villes comme Fès et Agadir juste après l’annonce de M. Benmoussa. Celle-ci part d’une volonté réelle de jeter les jalons d’une réforme du système éducatif national et de l’amélioration de son rendement.

Performance

La fixation de l’âge maximum à 30 ans est censée attirer dans la profession des profils jeunes désireux de s’engager dans l’instruction des Marocains par vocation, sur une durée assez longue avant d’être atteint par la limite d’âge. Dans l’esprit de Chakib Benmoussa, un enseignant qui débute sa carrière à 30 ans après une formation complémentaire est peut-être plus productif que son collègue de 40 ans et donc capable de donner le meilleur de lui-même.  Soit. Mais cette vision des choses passe par pertes et profits l’expérience qui est précieuse et décisive dans tous les métiers.

Si la vocation n’est pas nécessairement liée à l’âge, il va sans dire qu’elle représente le moteur de l’amour de n’importe quelle profession et là réside le secret de la performance. Faire ce que l’on aime et aimer ce que l’on fait. Mais beaucoup sont devenus enseignants non pas par vocation mais faute de mieux ou parce que la flexibilité des horaires les arrange ou encore parce que le métier donne lieu à plein de vacances… Ce qui n’est pas toujours vrai car un excellent enseignant est supposé profiter de ces moments de repos pour corriger les copies des élèves, bouquiner ou préparer ses cours.  

Les syndicats qui ne l’entendent pas de cette oreille dénoncent une décision qui va à l’encontre du règlement de la fonction publique dont le décret fixe la limite d’âge maximum pour l’intégrer à 45 ans. D’où l’appel de l’ex-député USFP Hanane Rihab. Sur sa page Facebook elle considère que « la décision de Benmoussa est illégale » pour attaquer cette dernière devant la justice. « Il s’agit d’une circulaire, alors que la loi organique relative aux cadres des AREF (Académie régionale d’Éducation et de Formation, NDLR) est un décret». Et de recommander aux candidats qui s’estiment lésés de se constituer en association et de saisir le tribunal administratif. Du côté du ministère de l’Éducation nationale, la limitation d’âge à 30 ans n’est pas en contradiction avec les textes fondateurs des AREF.

Recruter des profs à 30 ans n’est pas suffisant. Bien des prérequis sont nécessaires. Quant à la vocation, elle ne se décrète pas. Encore faut-il les valoriser tout en les motivant. Vaste programme. La refondation de l’école publique marocaine, qui souffre de plusieurs maux, n’est pas simplement une affaire de réaménagements techniques…

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