CANETON FOUINEUR

Décès du présentateur vedette de 2M

Radioscopie d’une négligence coupable
Ahmed Zoubaïr
24/12/2020 21:46
Un adieu émouvant à feu Salaheddine El Ghomari.

Le décès de Salaheddine El Ghomari dans des circonstances sujettes à caution montre clairement l’indigence du Maroc...

Le décès de Salaheddine El Ghomari dans des circonstances sujettes à caution montre clairement l’indigence du Maroc en matière des premiers soins de l’ambulance et de la médecine d’urgence. Il faut cesser d’invoquer systématiquement la providence pour expliquer des drames qui peuvent être évités...

Le journaliste-vedette de 2M Salaheddine El Ghomari, terrassé jeudi 10 décembre par une crise cardiaque soudaine, ne serait peut-être pas décédé s’il avait bénéficié à temps des soins d’urgence nécessaires. En effet des voix se sont élevées pour pointer une négligence médicale patente dans les circonstances de la mort de notre confrère.  Le conseiller juridique, conférencier et expert judiciaire Mohamed Jamal Maatouk a d’ailleurs interpellé le ministre de la Santé Khalid Aït Taleb pour diligenter une enquête pour faire toute la lumière sur les dysfonctionnements éventuels ayant conduit au drame qui s’est abattu brutalement sur la famille du défunt, sa famille professionnelle, ses amis et ses admirateurs. Le récit de la tragédie a fait le tour des réseaux sociaux et il fait froid dans le dos: Juste après avoir eu une détresse respiratoire chez lui à Mohammedia, l’un des voisins de feu défunt Salaheddine El Ghomari, qui se trouve être un médecin, est intervenu rapidement pour lui prodiguer les premiers secours (massage cardiaque, bouche-à-bouche, des gestes précieux que l’on peut apprendre dès l’âge de 10 ans) pour relancer le cœur en attendant l’arrivée de l’ambulance. Celle-ci arrive au bout de 30 minutes environ après l’alerte (la moyenne au Maroc si tout va bien !). Mais, accident encore plus époustouflant, elle n’est pas pourvue d’oxygène !  De quoi se demander pourquoi elle était venue… Du coup, il fallait attendre l’arrivée d’une deuxième ambulance qui cette fois-ci est dotée d’une petite dose d’oxygène. Enfin, on respire ! Mais pas le malade qui sera transporté, trimbalé, mais pas hospitalisé ! Faute d’un lit de réanimation dans la première clinique ! Et c’est en route vers une deuxième clinique que M. El Ghomari rendit l’âme…Tel qu’il est décrit, ce circuit de la négligence, plutôt tueur que sauveur, mérite de faire l’objet d’un diagnostic précis  et d’une investigation sérieuse.  

Objectif : déterminer les responsabilités des uns et des autres dans ce qui est arrivé et agir pour en finir avec ce laisser-aller sanitaire coupable. Entre l’appel des secours et le décès du journaliste près de deux heures se sont écoulées…Trop long pour sauver une vie en danger. Et c’est scandaleux. En laissant la providence de côté invoquée souvent au Maroc  pour ne pas déterminer les responsabilités dans ce genre de drames et maintenir ce statu quo médical catastrophique, la mort du présentateur-vedette de 2M, âgé à peine de 52 ans, montre que la chaîne de survie dans ce genre d’accidents, dont le déclenchement à temps avec prise en charge efficace permet de sauver des vies, est bel et bien défaillante pour ne pas dire inexistante.
Le décès par négligence de Salaheddine El Ghomari n’est pas, hélas, un cas isolé. Loin s’en faut. Il souligne gravement l’indigence extrême du Maroc en matière des soins immédiats à apporter avant même l’intervention du personnel médical qui représente une autre plaie béante en raison des défaillances chroniques des services d’urgence dans ce pays.

Médecine d'urgence

Or, l’existence d’un circuit court, clair et balisé, permet de sauver bien des vies par une prise en charge rapide et adéquate-, qui reste toujours à inventer- des victimes des crises cardiaques ou des accidentés graves de la route, par exemple. Une intervention précoce sur une victime d’arrêt cardiaque brusque, par exemple, permet de faire éviter de graves dommages au cerveau, susceptibles d’être irréversibles - si son oxygénation par le cœur est de nouveau rétablie - ou provoquer le décès du malade comme dans le cas du regretté El Ghomari.

Au fait, où est passé le Service d’assistance médicale d’urgence (SAMU) de Casablanca censé être géré dans le cadre d’un partenariat public-privé?  Une convention n’a-t-elle pas été signée   dans ce domaine en octobre 2015, sous l’époque de l’ex-ministre de la Santé El Houcine Louardi, par le Conseil de la ville et un consortium composé de quatre sociétés d’assistance (Saham Assistance, Wafa IMA Assistance, Maroc Assistance et Axa assistance) qui a gagné l’appel d’offres d’un montant de 425 millions de DH ? Les contributeurs sont la région de Casablanca-Settat à hauteur de 200 millions de DH, le ministère de l’Économie et des Finances pour 100 millions de DH, le ministère de l’Intérieur pour le même montant et 25 millions de DH pour la mairie de Casablanca. Où sont passés aussi les hélicoptères médicalisés de secours d’urgence et à quoi servent-elles si elles ne sont pas déployées pour sauver des vies humaines aussi bien en ville que dans les zones rurales éloignées ? C’est l’ensemble du système de santé au Maroc, à commencer par les premiers soins de l’ambulance et la médecine d’urgence, qu’il faut réformer. Il s’agit de sauver des humaines et rompre une fois pour toutes avec cette négligence médicale récurrente. Objectif : rétablir les fonctions vitales du malade avant de le réorienter vers le service adéquat au lieu de continuer à se cacher derrière la fatalité en lâchant : « C’était écrit … ».

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