CANETON FOUINEUR

Respirateurs artificiels et lits de réanimation made in Morocco

Khalid Aït Taleb mouche Moulay Hafid
Ahmed Zoubaïr
29/10/2020 1:19

Le ministre du Commerce et de l’Industrie doit être dans ses petits souliers Berluti après le recadrage en règle...

Le ministre du Commerce et de l’Industrie doit être dans ses petits souliers Berluti après le recadrage en règle dont il a fait l’objet de la part de son collègue de la Santé.

De quel lit de réanimation parlez-vous ? », s’est interrogé Khalid Aït Taleb, faussement naïf, dans un entretien accordé au site Médias 24. Cette interrogation met à nu les coups de bluff du ministre du Commerce et de l’Industrie sur le «produire local» de certains dispositifs médicaux, notamment les masques de protection anti-Covid-19, les respirateurs artificiels et  les lits de réanimation dont le Maroc d’après Moulahom qui s’en est vanté devant les caméras est devenu un fabricant selon les normes internationales. Or, M. Taleb, professeur de médecine de métier et pas né de la dernière bouffée d’oxygène, sait de quoi il parle.

« Ni le lit de réanimation ni le respirateur marocains ne sont encore homologués à ce jour. Il faudrait qu’on éclaircisse la situation », réplique M. Aït Taleb à son collègue qui l’a accusé à plusieurs reprises, par médias interposés, de traîner des pieds pour homologuer les deux produits made in Morocco dans une tentative à peine masquée de lui mettre les bâtons dans les roues. Or, la vérité est qu’il est hors de question pour M. Aït Taleb d’endosser la responsabilité d’usage d’équipements non homologués et dont la fiabilité sanitaire reste à certifier. Une lourde responsabilité car il y va évidemment de la santé des patients. Essentiel, voire vital en cas de syndrome de détresse respiratoire, principale complication causée par le Covid-19, le ventilateur permet d’assurer les fonctions des poumons lésés en transportant l’oxygène dans le sang. À ce stade de la maladie, aucun traitement ne peut sauver les patients touchés par des formes sévères.

Il n’y a que les respirateurs pour traiter les détresses respiratoires aiguës en attendant que leurs défenses immunitaires se débarrassent du coronavirus. Avec les masques chirurgicaux devenus une denrée rare et très chère sous la pression d’une demande de plus en forte, le respirateur était au cœur d’une grande tension sur les marchés internationaux. C’était la foire d’empoigne sur fond de renchérissement des prix pour les acheter et sauver des vies humaines en France, Italie, Espagne, États-Unis et ailleurs.  En bon opportuniste des affaires, Moulahom Hafid s’est dit que le Maroc tient là une opportunité économique en or : Permettre au Royaume de fabriquer lui-même ses ventilateurs, pensant peut -être qu’il s’agit juste d’un appareil qui fournit de l’oxygène au patient… C’est ainsi qu’il a mobilisé une escouade d’ingénieurs avec l’ensemble de l’écosystème pour plancher « très rapidement » sur la fabrication d’un respirateur marocain. Nous avons réussi, avait fanfaronné Moulay Hafid Elalamy, mardi 7 avril, à l’issue d’une visite effectuée à la société d’étude et de réalisations mécaniques de précision (SERMP), installée à Casablanca, qui s’est réorganisée pour mettre au point un premier lot de 500 respirateurs. «Nous sommes déjà à la deuxième version qui permet, en plus d’apporter une ventilation, d’avoir des capteurs et d’envoyer l’oxygène de façon plus technique…

Nous avons également décidé, avec les ingénieurs, de passer à une troisième étape, bien que le besoin ne se présente pas aujourd’hui », a ajouté un Elalamy débordant d’enthousiasme. Dans ce projet, qui a flatté l’orgueil national en pleine crise sanitaire, était impliqué aussi le designer franco-marocain Hicham Lahlou qui a accepté de s’inscrire à titre gracieux dans l’élan national de lutte contre la pandémie. L’artiste offre le design extérieur (design de produit et industriel) et le Branding (identité visuelle qui identifie le produit par un sigle ou une marque). Pour livrer un travail qui répond aux normes techniques requises, il travaille sous la férule du ministère de l’Industrie du Royaume du Maroc avec un groupe de chercheurs, ingénieurs, industriels et médecins. A en croire Badre Jaafar, directeur de la SERMP, la conception de ces respirateurs répondent aux normes aéronautiques les plus exigeantes. « La conception de ce respirateur est totalement marocaine, de la fabrication du moteur réducteur, aux cartes électroniques, aux autres pièces mécaniques, jusqu’à l’assemblage », a-t-il assuré. Initiative louable s’il en est qui flatte l’orgueil national, sauf que la mise au point d’un respirateur artificiel fiable n’est pas seulement affaire d’ergonomie et va au-delà du simple design.


Compétitivité


Posez la question à n’importe quel professionnel du secteur biomédical et il vous dira que l’on ne fabrique pas un respirateur artificiel où un lit médical comme on fabrique une chemise slim. En effet, le respirateur pour qu’il soit fiable doit justifier d’une technologie de précision de mesure élevée des flux d’oxygène pour mieux affiner les réglages qui doivent être surveillés en permanence. Objectif : mettre le poumon au repos et réduire ainsi les agressions en lui permettant de se régénérer. Un travail d’orfèvre qui ne tolère aucune approximation qui peut être fatale au malade… Heureusement que le bluff médiatique ne tue pas. Ce qui a certainement encouragé le ministre qui ne manque pas d’air de récidiver avec le lit de réanimation «100% marocain» dont il a présenté, il y a quelques semaines à Casablanca, un prototype fabriqué par un consortium d’entreprises marocaines.

Pour Moulahom Hafid, cette innovation locale, qui répond à ses yeux aux standards internationaux en termes de sécurité et de performance, représente une alternative aux lits similaires d’importation achetés 80.000 DH pièce alors que le produit du cru pourrait être vendu jusqu’à 60% moins cher… Dans ce domaine aussi, il y a assurément un coup à jouer pour le Maroc pour fabriquer ses propres équipements au lieu de les importer de l’étranger à des prix excessifs… La compétitivité y est certainement. Reste à savoir si la fiabilité médicale, qui reste l’élément essentiel, est au rendez-vous. Là réside toute la question qui pousse le ministre de la Santé à ne pas aller plus vite que l’oxygène pour homologuer un dispositif qui doit répondre à des normes sanitaires précises. Là aussi, il s’agit de s’assurer que les lits hafidiens de soins intensifs ont toutes les caractéristiques exigées pour préserver la santé des malades et leur assurer le confort nécessaire.

Pendant toutes ses sorties médiatiques sur le « made in Morocco médical », seul Moulay Hafid était présent. Pas le ministre de la Santé Khalid Aït Taleb censé pourtant être là aux côtés de son collègue autoproclamé fervent défenseur du « produite local » et de la préférence nationale. C’est un secret de polichinelle, les relations entre les deux hommes ne sont pas au beau fixe en raison de la volonté du ministre businessman de mettre son collègue sous tutelle en lui dictant la marche à suivre. Vous avez dit époustouflant ?

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